Le steampunk, c’est quoi exactement ? Explications.

En préparant cet article, je me suis lancé un petit défi : Parler de quelque chose que tout le monde connait, sans vraiment le connaître, qui utilise des univers cool, mais dont le manque de structures le rend compliqué. Je voulais parler de mon obsession inconditionnelle à propos des voyages temporels et autres jeux sur la temporalité, et de l’esthétique du XIXème siècle européen. Je me suis dit que je serais d’autant plus satisfaite si le tout était additionné d’uchronie et d’un soupçon de dystopie. Donc aujourd’hui, et si on parlait du steampunk ?

Électron libre entre la fantaisie et la science-fiction, le steampunk est à l’origine un courant littéraire, pouvant être qualifié de genre ou de sous-genre de la littérature de l’imaginaire. Il adore jouer de « l’Effet Papillon » et créer des univers parallèles. On peut utiliser, pour le qualifier, le terme de rétrofuturisme

Cependant, il s’agit d’un genre difficile à déterminer avec des termes et des axes précis. On pourrait dire qu’il emprunte à beaucoup d’autres genres et courants connus de la littérature de l’imaginaire, ce qui lui apporte son ambiance si particulière. En effet, les dogmes de l’écriture ont tendance à vouloir placer la fantaisie dans un monde en apparence « passée » et la science-fiction dans un monde semblant appartenir à un futur proche ou lointain. Le steampunk, c’est, pour simplifier, une « collision » entre les deux : On y opère une projection du récit dans un XIXème siècle uchronique (je reviendrai sur ce terme), évoluant possiblement en parallèle de notre réalité.

SF et Fantaisie, un terrain d’entente ?

« Fantaisie » vient de l’anglais « Fantasy », qui se traduit par « Imagination ». Le genre définit des fictions qui s’inspirent souvent des mythes, qui sont souvent déviés par l’interruption de magie. Tout ce qui est de l’ordre du surnaturel et de la magie ne suscite pas la peur ou l’incompréhension. Généralement, ce cadre est instauré comme étant accepté de tous : On dit alors que la fantaisie est de l’ordre du merveilleux. Ce dernier point, cette acceptation, différencie le merveilleux du fantastique.

L’homme de lettre français Todorov distingue l’étrange, le fantastique et le merveilleux (fantaisie) dans son essai Introduction à la littérature fantastique, et nous aide à y voir plus clair :

 « Dans un monde qui est bien le nôtre […] se produit un événement qui ne peut s’expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une des deux solutions possibles : ou bien il s’agit d’une illusion des sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont ; ou bien l’événement a véritablement eu lieu, il fait partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. […] Le fantastique occupe le temps de l’incertitude ; dès qu’on choisit l’une ou l’autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans genre voisin, l’étrange (= ce n’est pas réel) ou le merveilleux (= c’est réel) »

La science-fiction, de son côté, est un genre basé sur l’anticipation. Elle a toujours un point d’ancrage avec la réalité de notre monde. On y traite de fictions reposant sur des progrès scientifiques et techniques obtenus dans un futur plus ou moins lointain, ou physiquement impossibles, du moins en l’état actuel de nos connaissances. La SF met ainsi en œuvre les thèmes devenus classiques du voyage dans le temps (les vrais penseront directement à Retour vers le Futur <3), du voyage interstellaire (Interstellar), de la colonisation de l’espace, …etc.

Maintenant que nous avons fait les présentations entre la fantaisie et la SF, je vous propose de revenir sur le bébé de ces deux genres…

La complexité du Steampunk (mais c’est facile quand c’est expliqué, promis).

Le genre se base sur ce qu’on appelle communément l’uchronie. Il s’agit d’un univers de fiction qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé, de notre réalité. On crée alors des récits d’événements fictifs depuis un point de départ historique. Le but de l’uchronie est de développer un univers, une société, pour un résultat totalement différent de notre réalité.

Dans le steampunk, l’uchronie prend place au XIXe siècle, pour rendre un véritable hommage à la Révolution Industrielle, en créant une faille à ce point de l’histoire. L’idée principale est que l’Homme s’est laissé dépasser par les machines à vapeurs, et où l’avancée technologique de celles-ci s’est développée bien plus que ce qui en a été dans la réalité. Cette évolution relève de l’anachronisme : les avancées sont telles, que l’on peut véritablement dire que le Steampunk représente le futur dans le passé. D’où le terme de rétrofuturisme (maintenant, en plus d’être un terme cool, il prend tout son sens).

Le steampunk, ça serait comme représenter notre époque actuelle avec une vision du XIXème siècle. On peut se le figurer comme étant une autre réalité de notre monde actuel, qui aurait pu voir le jour si les avancées technologiques avaient pris un pli différent : Le steampunk favorise l’évolution technologique des machines à vapeur (très exploitées pendant la révolution industrielle), plutôt que celle de l’électricité, du pétrole, puis du nucléaire (comme ce fût le cas dans notre réalité).

Nous pouvons dire qu’il s’agit d’une époque victorienne fantasmée. L’esthétique de l’époque représentée présente des « machines » à la fois propre à l’époque (dans leur esthétique) mais qui ont des capacités futuristes, parfois anachroniques, parfois même encore de l’ordre du surnaturel à notre époque. Nous pouvons y trouver des dirigeables, des phonographes, des sous-marins… etc. Ce n’est pas le changement historique et les réflexions qui en découlent qui sont mises en valeur car les anachronismes sont nombreux, il s’agit plus d’un fantasme d’une esthétique et d’un monde particulier. L’attention est plus portée vers l’univers créé que vers les enjeux historiques. Les gens, dans ce « monde » sont presque au calque des machines : habillés dans les tons bruns et ocre, parfois neutres, parfois sombres, et mélangeant divers matériaux très utilisés à l’époque du véritable XIXème Britannique (mais utilisés dans l’industrie) : cuivre, acier, boulons, clou et autres métaux. Montres à gousset, corsets, chapeaux hauts-de-forme, bottes à boucles métalliques, lunettes de protection « goggles ». L’univers rétro futuriste se ressent aussi dans l’architecture, décrites ou imagées, avec ces mêmes couleurs et ces mêmes matériaux. (Assemblage d’objets hétéroclites).

Le journaliste Douglas Fetherling définit le steampunk de la façon suivante :

« Le steampunk s’efforce d’imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. »

C’est un peu la question « Et si… ? » de l’effet papillon quoi ! (Si vous ne voyez pas de quoi je parle, mieux que Wikipédia, allez voir le film The Butterfly Effect d’Eric Bress et J. Mackye Gruber).

Remontons le temps : Retour vers les origines du steampunk !

Les origines concrètes du steampunk remontent aux 80’s (quand l’idée s’est concrétisée) ! Les premiers livres steampunk, reconnus comme appartenant au courant, furent écrits par trois amis universitaires américains : Kevin Wayne Jeter, Tim Powers et James Blaylock.

À l’origine, en 1975, les trois amis voulaient écrire une série de dix livres ayant pour thème les réincarnations du roi Arthur à travers différentes époques. C’est en faisant des recherches sur le XIXe siècle que Jeter découvre les livres d’Henry Mayhew, qui portent sur les bas-fonds de Londres de cette époque. Tous trois se passionnent du sujet, et finissent par dévier de leur idées d’origine pour écrire chacun un roman. Ces trois romans, qui relèvent d’intrigues victoriennes rétrofuturistes (qui adoptent le ton de la légèreté), seront les piliers du genre steampunk : Jeter écrit Morlock Night (1979), Powers rédige Les Voies d’Anubis (1983), et Blaylock publie Homunculus (1986).

C’est également Jeter qui a créé le mot en 1987 : « Steam » vient de l’anglais « fumée », en référence aux machines à vapeur. Le mot entier, « Steampunk » est utilisé par Jeter, sur le ton de la blague, dans une lettre qu’il écrit pour définir son genre. L’idée lui vient de créer un dérivé du mot « Cyberpunk », qui a vu le jour à la même période, en 1984. C’est l’assemblage des mots « cybernétique » et « punk ». Ce genre met souvent en scène un futur proche, avec une société technologiquement avancée, plus ici sur l’idée de la domination robotique, appelant à la SF et à la dystopie. Le cyberpunk offre un pessimisme et réflexion critique sur notre société, qui n’existe pas (ou n’est pas l’objectif premier) dans le Steampunk). Pour le cyberpunk, le terme de « punk » est alors relatif aux véritables punk des années 70, car il dénonce les abus de la société et se bat contre toutes les formes d’oppressions.

Le mot « Steampunk » a donc été défini à l’origine comme une simple blague, avant de rester pour devenir le nom officiel du genre.

Remontons encore un peu plus loin dans le temps…

Eh oui car les origines des thématiques du steampunk nous viennent d’encore plus loin : Petit retour au XIXème siècle…

Le Steampunk a « vu le jour » sous la plume de grands noms avant de revenir au mérite de Jeter, Powers et Blaylock ! Les plus connus étant Jules Verne & H.G. Wells.

On pourrait citer La Machine à voyager dans le temps de Wells, ou encore Vingt-milles lieues sous les mers de Jules Verne. En réalité, les romans de ces deux auteurs de renoms auraient pu totalement coller à l’univers steampunk. Or, comme ils ont été écrits au XIXème siècle, on parle alors de romans de « merveilleux scientifique ». Il est question de « futurisme », mais pas de rétrofuturisme.

Comme des exemples parlent plus que des mots, je vous propose de découvrir…

Mortal Engines, réalisé par Christian Rivers, sorti en 2018. Il s’agit de l’adaptation d’un roman du même nom, de Philip Reeve, écrivain britannique. Le film pose son cadre dans un Londres post-apocalyptique, ravagé après une guerre nucléaire survenue des siècles plus tôt.

(L’usage de l’univers « post-apocalyptique » peut être un dérivé pour introduire l’esthétique steampunk. À la différence donc que le récit ne prétend pas se situer dans le passé. Mais généralement, comme dans ce film, les technologies avancées correspondent à celles de la révolution industrielle. Ce qui a pu arriver avant la catastrophe est rayé de la carte. C’est simplement une autre approche introductive.)

Le Japon a également été touché par la vague steampunk, les films d’animation d’Hayao Miyazaki : Le Château dans le ciel (1986) et Le Château ambulant (2004) possèdent une forte esthétique steampunk. Nous avons aussi le film d’animation Steamboy (2004, réalisé par Katsuhiro Otomo) : « Dans une Angleterre uchronique au XIXème siècle, Ray Steam est le fils et petit-fils de deux scientifiques inventeurs de machines à vapeur, qui ont mystérieusement disparus. Un colis contenant une boule métallique (la steamball) parvient au domicile de Ray et sa mère. Mais, deux hommes d’une fondation appelée O’Hara, veulent s’en emparer. Pendant ce temps, Londres se prépare à inaugurer l’Exposition Universelle, où les machines à vapeur seront à l’honneur… »

Et comment donner de bons exemples sans vous parler de Miss Peregrine et les Enfants particuliers, la trilogie de livres de l’auteur américain Ransom Riggs ! Véritable coup de cœur pour ma part, j’ai tout autant été séduite par la superbe adaptation cinématographique de Tim Burton (sortie en 2016). La signature mi-envoûtante mi-glauque du célèbre réalisateur colle à merveille avec l’ambiance du livre, largement inspirée de l’univers steampunk. L’univers y est plus présent dans les thèmes de l’intrigue que dans les décors et l’époque à proprement parler, même si certains détails ne trompent pas, comme la montre à gousset de miss Peregrine ou les chaussures en plomb massif d’Emma (dans le film !). Mais cela n’aura pas échappé à l’œil le plus attentif… Si vous ne connaissez pas encore cette superbe histoire, je vous laisse un petit résumé du premier livre :

« Ce livre raconte l’histoire d’un jeune homme, Jacob, 16 ans, qui, pendant tout un été sonde Cairnholm, une petite île brumeuse au large du Pays de Galles, sur laquelle son grand-père avait passé son enfance dans un orphelinat. Il a reçu pour seule consigne de la part de ce dernier des photographies d’enfants et d’adolescents, ainsi qu’une vieille lettre, dont l’émetteur était une certaine Miss Peregrine. Jacob veut comprendre ce qu’il s’est passé là-bas, et peut-être retrouver les enfants « particuliers » qui représentaient l’entourage de son grand-père lorsqu’il était enfant. Une fois sur l’île, le jeune homme trouve de nouvelles photographies, ainsi que l’orphelinat, et peu à peu, va démêler les fils du futur. Il plonge alors dans un univers qu’il était très loin d’imaginer, où les lois du temps et de la physique n’ont pas de scrupules à être bouleversées… »

Alors, au final, qu’est-ce qu’on en dit ?

Il est difficile d’affirmer que telle ou telle œuvre soit 100% relative au steampunk, car généralement, ou peut aussi bien la classer dans le genre du fantastique, de la fantaisie ou de la science-fiction. C’est par cette difficulté à définir des romans ou des films (ou autres formes artistiques) comme appartenant 100% à l’esthétique steampunk, qu’il est parfois qualifié de « sous-genre ». Même si certaines références sont plus évidentes que d’autres, on peut parler de « touches » de steampunk. Les clins d’œil aux différents univers sont dans tous les cas un plaisir pour les amateurs de SF et de fantaisie, et le genre peut aider à y trouver un souffle de nouveauté !

Léa LUKOWSKI

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